CITIZEN GAME

Janvier 2018, frontière hongroise, extrême nord de la Serbie, à quelques kilomètres de Subotica.

 

L’autorisation d'accéder au territoire hongrois étant aussi irrégulière, limitée, qu'incertaine pour les résidents non européens, un grand nombre  d'exilés tentent, chaque nuit, de passer la frontière illégalement. 

Peut-être par sens de l'humour ou par résilience, ces exilés, ici des hommes seuls et pakistanais pour la plupart, rencontrés en ce froid mois de janvier, appellent cela le "game". L'objectif du jeu est le même pour tous, traverser sans se faire arrêter pour continuer la route migratoire vers l'ouest, où demander l'asile politique. Dans cette région des balkans où l'arsenal militaire de protection de la frontière est plutôt important, le passage de celle-ci s'avère compliqué et  risqué.

 

Chaque nuit, en petit groupe, par différents moyens dépendant notamment des ressources financières de chacun, ils tentent la traversée, bravant le froid et les gardes frontières Hongrois qui les traquent sans relâche et les arrêtent, dès qu'ils sont repérés, avant de les renvoyer côté serbe. Chaque nuit connait son lot de violence et de déception, chaque journée est marquée par l'attente et l'espoir d'un départ prochain. Dénués de tout, certains vivent depuis des mois dans une grange abandonnée, tandis que d'autres se réfugient dans des abris de fortune, dans les bois et les champs à proximité de la frontière. Isolés, sans accès aux produits de première nécessité, ces groupes de voyageurs exilés sont soutenus par les associations de bénévoles et les ONG internationales qui leur apportent vêtements, douches, nourriture, eau, soin, électricité, et soutien, éléments primordiaux bien qu'éphémères.

 

Confrontés à cet obstacle de taille, la patience et la détermination font foi alors que l'esprit de groupe permet l'entraide et la protection de chacun. Dans cet univers invraisemblable mais bien réel, la fraternité et la communauté sont tout, sombre ironie alors que chacun d'entre eux a été forcé de quitter le pays et la communauté qui l'a vu naître. 

 

Bloqués entre deux mondes, coincés à la la porte de la veille Europe, ces citoyens étrangers, apatrides du moment, ne peuvent que subir et attendre, avant qu'une brèche ne leur permettre de passer de l'autre côté, et d'atteindre la prochaine porte, le prochain mur...

 

L'accès à la citoyenneté et à la protection européenne a un coùt, celui de la résistance à l'usure de l'exil et au rejet perpétuel et répété de chaque nation traversée. Le CITIZEN GAME, c'est finalement, pour certains, le pari que la vie est, envers et contre tout, possible ailleurs, là où elle ne l'est plus chez soi.